Universal ne financera pas le projet d'adaptation par Spielberg et
Jackson. Parallèlement, Spielberg s'éloigne de
Paramount... qui propose de produire Tintin.
"Alors ça, c'est plus fort que midable." Séraphin
Lampion en perdrait presque son brusseleir. A peine le studio Universal
a-t-il opposé un "niet" catégorique au budget
présenté par Steven Spielberg et Peter Jackson,
pour le premier des trois films adaptés des aventures de
Tintin, que Paramount propose d'allonger les 130 millions de dollars
demandés. Pourquoi est-ce surprenant ?
1. D'abord parce que rien ne dit que Paramount ne soit prêt
à accepter les conditions fixées par les deux
réalisateurs et qui ont précisément
motivées le refus d'Universal. Pour rappel, non contents de
réaliser chacun un film, Spielberg et Jackson en seraient
également producteurs, avec intéressement sur les
recettes pour un montant total de 100 millions de dollars. Ce qui,
selon les calculs du studio, impliquerait que le premier film devrait
atteindre 425 millions de dollars de recettes avant de rapporter un
cent de bénéfice. On comprend
l'hésitation.
2. Parce que, vu de Belgique, on oublie peut-être un peu vite
qu'une adaptation de Tintin au grand écran est tout sauf un
succès garanti. Si le héros
créé par Hergé conserve une
popularité dans les pays francophones et en Europe, c'est
une autre affaire aux Etats-Unis. Or, si Universal refuse de s'engager,
alors que 30 millions de dollars ont déjà
été investis en préproduction
(écriture du scénario par Steven Moffat,
réalisation d'une démo de dix millions par le
studio Weta Digital de Peter Jackson,...), c'est que le studio doute de
la rentabilité du projet, même avec Spielberg et
Jackson à la manoeuvre. D'autant qu'un budget de 130
millions de dollars pour un film d'animation en 3D, avec des acteurs
réels retouchés numériquement, c'est,
finalement, roupie de sansonnet à Hollywood : les seuls
effets spéciaux de "Indiana Jones IV" ont englouti un tel
budget.
3. En parlant de roupie, un autre motif de surprise à la
proposition de Paramount, c'est que les relations entre le studio et
Spielberg ne sont pas, précisément, au beau fixe.
Le jour même de l'annonce du retrait d'Universal du projet
Tintin, on apprenait aussi confirmation de l'accord de reprise de
DreamWorks, le studio cofondé par Spielberg (avec David
Geffen et Jeffrey Katzenberg), par le milliardaire indien Anil Ambani,
via sa société Reliance Entertainment. Or,
DreamWorks était lié à Paramount
depuis février 2006 A l'époque DreamWorks tirait
le diable par la queue tandis que Paramount cherchait des projets
d'envergure. La seconde avait injecté 1,6 milliards de
dollars dans la première qui apportait idées et
talents - dont Spielberg himself. Il semble que, depuis, le charme
était rompu. A peine annoncé le deal entre
DreamWorks et Reliance, Paramount faisait savoir que Spielberg et les
siens pouvaient quitter la compagnie "sans délai" . Un
indice que les relations sont loin d'être au beau fixe. Mais
comment expliquer alors que, septante-deux heures plus tard, Paramount
vole au secours de son ex-partenaire sur un projet risqué ?
... la suite sur
lalibre.be
Alain Lorfèvre