Dès 11 heures du matin, alors que l'on vide les
dernières poubelles devant le Palazzo del Cinema du Lido,
alors que l'on accroche les derniers pans de tapis sur un escalier, une
poignée de personnes attend déjà
patiemment derrière une barrière de
sécurité. Il fait chaud et le public,
essentiellement composé de donzelles, a sorti les parapluies
en guise d'ombrelles pour se protéger du cagnard. Sur une
pancarte, de petites photos de Brad découpées
dans des magazines, sur une autre, un slogan : "No George, No Party",
que deux gamines d'une douzaine d'années exhibent
fièrement à l'un ou l'autre photographe.
On l'aura compris, la venue hier de
George Clooney
et de
Brad Pitt
à Venise n'est pas passée inaperçue.
D'autant que la suite de la Biennale s'annonce nettement moins riche en
stars internationales, même si
Mickey Rourke,
Emmanuelle Béart,
Anne Hathaway
ou encore
Charlize Theron
accosteront au Lido dans les prochains jours.
Lors de la conférence de presse de
Burn After Reading,
présenté hier soir en ouverture de la Biennale -
dans la foulée de "Du visible à l'invisible",
court métrage du Portugais Manoel de Oliveira qui,
à 99 ans, livre une amusante fable sur la
difficulté de communiquer à l'heure des portables
-, il n'y en avait d'ailleurs que pour Clooney et Pitt. Patients, ils
essuient avec le sourire une série de questions de bas
étage sur leur vie privée. Charmeur et moqueur,
George Clooney botte en touche avec élégance. A
une journaliste qui lui demande quand il compte enfin avoir des
enfants, il annonce qu'il se marie et commence à en faire
aujourd'hui... Cette demi-heure de rencontre avec la presse,
détendue jusqu'à l'excès, tourne
même à la farce quand, en survêtement
sexy, la présentatrice d'une chaîne de
télévision espagnole demande aux deux
séduisants acteurs s'ils sont d'accord pour faire une petite
séance de fitness avec elle et s'ils sont prêts
à la suivre. Clooney rétorque qu'il
préfère plutôt la fuir...
Une comédie
délurée
La futilité semble la rançon de la gloire pour
deux des mâles les plus populaires d'Hollywood, qui se
mettent ici au service des frères Coen. Une
première pour Brad Pitt mais presque une habitude pour
Clooney, qui avait déjà tourné avec
eux
O Brother, Where Art Thou ?
et
Intolerable Cruelty.
"Burn After Reading" se présente comme une
comédie d'espionnage délirante, dans la
lignée de
The Big Lebowski
plutôt que de l'oscarisé
No Country for Old Men.
"
Nous avons
décidé de faire une comédie
d'espionnage parce que nous n'en avions jamais fait, comme on aurait pu
faire un film sur les chiens ou dans l'espace. Honnêtement,
je ne sais pas pourquoi...", confie
Joel Coen,
dans un perpétuel duo comique avec son frère;
l'un et l'autre se renvoyant la balle, et le micro, pour
répondre aux questions des journalistes.
Mais la véritable raison qui préside au
treizième film des frères Coen est sans doute
à chercher ailleurs. Selon le cadet,
Ethan, le
projet de "Burn After Reading" est né le plus simplement du
monde. "
On a
commencé par écrire pour les acteurs. Il
s'agissait presque d'un exercice de style, de chercher à
imaginer quels personnages ils pourraient jouer..." De
quoi déstabiliser leurs comédiens.
"
Si vous dites que vous
avez écrit le film pour nous, je me demande vraiment quelle
image vous avez de nous", envoie Clooney, bien vite
rejoint par son complice de la bande des "Ocean's Eleven".
"
Je voulais faire un
film avec eux depuis très longtemps, avoue Brad
Pitt.
J'étais
très heureux quand ils m'ont appelé. Quand j'ai
vu le rôle, je ne savais cependant pas si je devais
être flatté ou fâché...
Encore aujourd'hui, je reste dubitatif mais c'était
très amusant à faire."
Hubert Heyrendt
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