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News de la semaine du 16/07/2008

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Diane Kurys fascinée par sa générosité : interview (Sagan)



Mis en ligne le 16/07/2008
L'effet "La Môme".

Quand Diane Kurys se lance dans une biographie de Françoise Sagan, c'est pour le compte de France Télévisions, un téléfilm de 2x90 minutes. Mais le succès de Piaf bouscule les cartes et donne des arguments à la réalisatrice de "Diabolo menthe" pour obtenir davantage de moyens en tournant une version de deux heures pour le grand écran. De quoi s'immerger complètement dans l'univers de l'auteur de "Bonjour tristesse".

Une première question pour paraphraser un de ses livres : aimez-vous Sagan ?

Maintenant, oui. Avant, je l'aimais bien, mais comme le public. En fait, je ne la connaissais pas. J'avais lu "Bonjour tristesse" et quelques livres que j'aimais bien, sans plus. Je connaissais les frasques par "Paris-Match", le côté people. C'est en faisant ce film que je l'ai découverte. Et je me suis attachée, j'ai aimé ses qualités, ses défauts, ses contradictions. J'ai aimé qu'elle soit égocentrique et généreuse à la fois. Et ce qui me frappe dans tout ce que j'ai lu, c'est qu'elle n'est jamais bête, mais toujours fine et drôle. J'ai essayé de la montrer telle qu'elle était, un exemple de liberté. Elle est pas mal comme modèle de femme rebelle.

N'est-ce pas un modèle réservé aux artistes ?

Je le crains. Ça va un peu avec. Pour créer, il faut être libre. Ça ne devrait pas être réservé aux artistes, mais dans les faits, c'est un peu comme cela. Mais moi, j'admire beaucoup cela chez les artistes, car je ne l'ai pas. Si je pouvais me lâcher un peu plus ! Je n'ai pas cette générosité de soi. Je ne suis pas du genre "je ne fais pas attention à ce qui va se passer demain. L'argent que j'ai, je le donne et celui que je n'ai pas, je le donne aussi". J'en suis incapable. Mais chez Françoise Sagan, il y avait sur un meuble une boîte dans laquelle elle mettait de l'argent. Et tout le monde piochait dedans, pour les courses, pour aller jouer au casino, etc. Je n'ai jamais été capable de faire cela.

Ce qui frappe dans votre portrait, c'est que Sagan a été jeune et puis vieille, mais jamais adulte, mûre, responsable.

Même vieille, elle est encore enfant, je pense. Elle est malade, abîmée, cassée, mais elle est encore comme une petite fille qui a besoin qu'on lui tienne la main. Elle n'a pas voulu grandir, elle n'a pas pu grandir. Elle a toujours été irresponsable comme un enfant. A la fin d'un livre d'entretien "Répliques", on lui demande son souhait, et elle répond : "J'aurais voulu ne pas grandir, j'aurais voulu avoir dix ans." Tout est dit. Elle aurait voulu garder cette innocence-là. Elle était immature tout en ayant une incroyable profondeur sur la vie, l'amour. Elle était très intelligente. Elle ne disait jamais de bêtises, elle n'enfonçait jamais de portes ouvertes. Elle avait quelque chose d'un génie, mais qui aimait le plaisir, boire, s'étourdir, se droguer, conduire vite. Je pense que sa difficulté d'élocution vient de là, sa pensée allait trop vite.

Sagan connaît le succès dès son premier livre, c'est une expérience que vous avez connue avec votre premier film, "Diabolo menthe".

Oui, mais pas dans les mêmes proportions. Je n'ai pas gagné autant d'argent qu'elle. Je ne me compare pas, mais je reconnais des moments : un succès très jeune, un fils, une maison en Normandie. J'ai des points communs, des convergences d'esprit. A tout prendre, il vaut mieux un succès qu'un échec, car cela vous propulse, mais il y a toujours le deuxième au tournant. Après lui avoir donné le prix des critiques, ceux-ci ne seront plus jamais tendres avec elle. Mais le succès de Françoise Sagan est moins celui d'un livre que d'une personnalité. Elle était plus connue pour sa vie que pour ses livres. Après Bardot, c'est une des femmes les plus photographiées au monde. C'est incroyable.

Quelque part, elle annonce notre époque.

Absolument, mais auparavant, elle annonce la libération de la femme, comme Bardot, comme Beauvoir, quelque part entre les deux, intelligente et rigolote.

Sylvie Testud est incroyable. Elle est Sagan de l'intérieur, jusque dans la petite voix.

Sylvie a écouté beaucoup, regardé beaucoup; elle a chopé les tics, les attitudes, le petit regard par en dessous, elle a appris le Sagan comme une langue étrangère. La voix, la démarche, l'attitude, elle a travaillé beaucoup et puis elle a tout oublié et elle s'est lâchée, dit-elle. Je la crois, sinon, elle n'aurait pas pu jouer. Et elle le faisait avec une facilité stupéfiante; ce n'était pas "je vais vous jouer Françoise Sagan". Et elle sortait du personnage aussi vite qu'elle y était entrée. Quant à la voix, on n'était pas sûr au début. Premier jour de tournage de Guillaume Galienne qui incarne son frère. Pendant la première prise, il s'arrête net, et se tourne vers moi en disant : "Elle ne va pas jouer comme cela tout le temps ?" On était toutes les deux déstabilisées. On doutait. Peut-être que c'était ridicule, que cela ne passerait pas. J'ai eu peur, mais ça passe parce que Sylvie a une force inouïe, c'est une actrice géniale. Notre rencontre est un cadeau du ciel.

Fernand Denis - La Libre Belgique
 

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