À cinq reprises, déjà,
Alexandre Arcady
lui avait proposé de tenir le rôle principal d'un
de ses films. Mais parce que
Pierre Arditi
est un homme très demandé, à cinq
reprises, les deux complices avaient dû renoncer à
se retrouver sur un plateau de cinéma. "
On se connaît depuis
très longtemps, on est de la même
génération. Et puis, il a
été comédien, Alexandre. La vie a fait
que nous nous sommes croisés très souvent",
explique l'acteur, la mine un peu chiffonnée
après une nuit qu'il n'a de cesse de prétendre
très calme. "
J'ai
d'abord dit oui pour le plaisir de travailler avec lui" ,
continue-t-il. "
Je
trouvais la comédie marrante, mais ce n'est pas le genre de
film dont vous vous dites que vous êtes foutu si vous ne le
tournez pas." Voilà qui a le mérite
d'être clair. Une qualité - la clarté -
qui chez Arditi va de pair avec une désarmante
sincérité...
Des personnages comme
lui, vous en aviez déjà joué ?
"Oui, bien sûr. C'est toujours pareil, ce sont des
personnages masqués. Il s'est fabriqué une
architecture d'existence qui, probablement, doit le rassurer. Je
connais plein de mecs comme ça moi. Il a réussi
socialement, il a une femme qu'il regarde comme une lampe, des enfants
dont il ne s'occupe pas, une maîtresse jolie parce que
ça fait bien à son bras. Et il est
entouré de gens très jeunes dans sa
boîte de communication - un classique - parce que
ça lui donne l'impression de rester jeune lui aussi. Et
aussi parce qu'il y a beaucoup de femmes autour de lui. Cela donne un
rapport un peu paternalo-romantico... voilà. Bref, il s'est
perdu de vue. Ce qui m'amusait, c'était de jouer
ça et puis, à un moment donné, montrer
qu'il vit comme un imbécile. "
Il est d'ailleurs
touchant quand il baisse les armes... Ça lui donne de
l'épaisseur.
"C'est très volontaire. Ça ne
m'intéressait pas de jouer une baudruche. Pierre vit comme
un con, mais il ne l'est pas. Quand on choisit d'incarner un
personnage, il faut toujours essayer de trouver les
affinités que l'on a avec lui. À une
époque de ma vie, j'ai beaucoup navigué avec les
dames parce que sans doute, ça me rassurait, moi aussi. Mais
ça me faisait perdre de vue qui j'étais, au fond.
"
Sur le plan
professionnel, vous avez aussi navigué, vous vous
êtes perdu de vue ?
"Oui, mais ce n'est pas anormal de perdre de vue des choses que l'on
s'était promis d'être ou de faire. Ce qui est
triste, c'est de ne pas s'en rendre compte. Il y a ce que l'on
décide et ce que la vie nous fait faire. "
Vous avez pour projet un
film de Nadine Trintignant intitulé Longue vie au
séducteur. On y revient toujours !
"Et grâce à Dieu pour moi, je ne me suis pas
laissé enfermer dans cette image. Il y a vingt ans, encore,
passe. Mais aujourd'hui, non. J'espère que je peux avoir
encore un certain charme pour un certain nombre de gens. Mais
séducteur, non. Cela dit, on m'aime bien, je ne vais pas
dire non. Le danger de ça, c'est de se laisser enfermer dans
un système qui m'empêche d'aller ailleurs, vers
des personnages qui ne sont pas forcément
réducteurs. Je suis un acteur, moi, je ne suis pas un cover
boy. Aujourd'hui moins que jamais ! Mais le film ne se fera pas. Cela
dit, l'histoire de Nadine était magnifique : c'est
l'histoire d'un homme dans le dernier tiers de son existence - comme
moi - qui a eu beaucoup de femmes et qui, après un accident,
se retrouve paralysé. Toutes les femmes qui ont
traversé son existence reviennent le voir et les choses se
règlent sur le tard... J'aurais été le
seul homme de la distribution. Mais c'est trop compliqué
à monter. "
Isabelle Monnart -
La Dernière Heure