Film pudique, distancié, sans racolage inutile, où le spectateur peut laisser d'autant plus libre cours à une émotion personnelle et authentique... J'aime globalement les films de Polanski parce que j'aime sa manière d'aborder les histoires. Il filme et raconte sans complaisance (certains y auraient sûrement mis plus de désespoir, d'intensité, de vibrations). Il sait s'attarder aussi sur l'ordinaire et la banalité des détails, et créer comme nul autre des univers huis-clos parfois très oppressants (cf la deuxième partie du film, lorsque le 'héros' erre dans le ghetto dévasté, errance qui nous fait baigner par empathie dans un climat étrange). Polanski est un cinéaste non tragédien qui pourtant nous fait souvent voir la vie en noir. Un cinéaste aussi de l'ambiguïté, mais qui sait insérer dans certains de ses films (dont le Pianiste), et l'air de rien, une moralité énigmatique... Quelqu'un aussi qui préfère la suggestion, les évocations, les non-dit, voire les non-sens, aux prises de position trop clairement définies... et surtout quelqu'un d'imperméable aux idéologies (cela est d'autant plus fort sur un sujet pareil). Tout cela, on le ressent dans le Pianiste, qui est un film typiquement polanskien. Le héros du film me semble même avoir des similitudes avec Polanski lui-même : une aptitude au détachement quand la lutte n'est plus de mise (que certains qualifieraient peut-être de lâcheté), une aptitude à s'installer à la charnière des choses, comme si aussi il y avait une vérité qui se situait au-delà de la réalité présente, comme lorsqu'un individu, quelque qu'il soit, se trouve pris dans un drame qui dépasse sa propre existence... En bref, un des films les plus intéressants sur cette période de l'histoire. |