Dans son nouveau film, Keanu Reeves incarne un flic anéanti de douleur
Calme dans son costume gris foncé qui cache un T-shirt d'une
teinte plus claire, Keanu Reeves
apparaît très grand et
élégant. Lui, qui, pour incarner ce flic
anéanti de douleur et constamment imbibé d'alcool
depuis la mort de sa femme, affiche quelques kilos de trop et donne le
sentiment de ne plus s'être lavé depuis des mois.
Depuis Matrix,
Keanu Reeves se fait rare. On l'avait retrouvé dans Constantine
et Entre deux rives.
Il s'affiche à nouveau sur grand écran pour Au bout de la nuit.
"J'ai aimé la
complexité du personnage, Ludlow, il est très
contradictoire. Il est l'autorité, mais il brise les lois,
il a un rapport très particulier à la vie et
à la mort. Le stress qui était lié au
rôle m'a beaucoup plu aussi : je devais constamment
être très concentré. Je n'avais pas de
vision à moyen ou à long terme du tournage,
chaque jour me menait au suivant. C'était très
intense. Nous n'avions pas beaucoup de temps pour tout mettre en
boîte, 41 jours au total, sachant que j'étais dans
chaque prise de vue, mes journées étaient
longues, 15 heures de travail, parfois 18."
"Je ne porte pas d'arme"
Pour le film, qui offre certaines scènes assez dures,
l'acteur a suivi un entraînement intensif, notamment pour
apprendre à manier une arme et à tirer
correctement. "C'était
intéressant, parce que lorsqu'on a commencé, je
refusais de tirer sur quoi que ce soit, alors que le
réalisateur David Ayer tirait sur tout ce qui bougeait... Si
je devais le refaire maintenant, je pense que je serais plus proche de
sa réaction. Je tirerais davantage. Pour le rôle,
tenir une arme et l'utiliser, sachant que c'était de la
fiction était agréable, enivrant, on se sent
plein de pouvoir, mais ça se limite à
ça. Ah non. On se sent sexy aussi... Je ne suis pas
fondamentalement contre le fait que les citoyens aient accès
aux armes, mais je ne trouve pas pour autant que ce soit une chose
très sage. Il y a trop de conséquences
à être armé. C'est pourquoi, moi, j'ai
fait le choix de ne pas l'être. La violence
peut-être une solution très pratique.
Même si je ne pense pas que ce soit la solution ultime."
En plus de l'entraînement physique suivi par les acteurs, il
était important que les policiers partagent aussi les
aspects psychologiques de leur vie, la dimension
émotionnelle du travail. "Ils ont
généreusement partagé avec moi la
relation entre leur boulot et leur vie privée. Comment
gérer un mariage, des enfants et tout ce qui s'ensuit tout
en s'occupant en parallèle de violeurs, de tueurs et du
changement de regard que cela entraîne."
Des rapports privilégiés qui n'ont pas pour
autant permis à l'acteur d'avoir une autre vision des hommes
en uniformes "L'image
que j'ai des policiers a un peu changé depuis le film, mais
pas fondamentalement. Je me suis déjà
retrouvé face à des hommes de l'ordre mais pas
pour des choses très graves, je devais certainement ne pas
avoir répondu oui ou non assez vite à leur
goût..."
Le film ne donne pas nécessairement une très
belle image des policiers de Los Angeles. "Quelques-uns d'entre eux ont vu
le film et s'il est vrai qu'ils trouvent l'histoire un peu
exagérée, mise à la sauce
hollywoodienne, ils ont aimé la dynamique du film, la
manière dont les relations entre les différents
policiers étaient présentées,
l'humour,..."