Affalé sur une chaise comme s'il venait de vider toutes les
Guinness du pub du coin, chemise à carreau typiquement
irlandaise et regard espi&ègle de garnement sur le point de
faire un mauvais coup,
Colin Farrell
est l'incarnation hollywoodienne de la cool attitude. Sympa, blagueur ("
Mauvais tempo. Cette
question-là, vous auriez dû la poser avant : j'y
aurais répondu", lâche-t-il pour
éluder une question sur son côté
mauvais garçon), détendu, c'est avec le sourire
qu'il balance ses vannes. Notamment sur notre pays, solidement
égratigné par la comédie noire de
Martin McDonagh,
In Bruges.
"
Vous trouvez que la
Belgique passe pour l'endroit le plus stupide d'Europe ?
Désolé si vous pensez ça..."
La banane malicieuse qui accompagne la tirade en dit long sur son
esprit rieur. Qu'il applique très volontiers aussi
vis-à-vis de lui-même. "
En Belgique, on ne me
reconnaît pas. Et cela m'embête ! Pourtant, j'ai
même été dans un magasin de DVD, mais
rien à faire. L'une ou l'autre fois, on m'a
demandé de poser pour une photo, mais ce n'était
pas la fureur, croyez-moi. Les gens sont très cool,
respectueux. Et l'accueil a été formidable."
Là-dessus, on lui proposerait bien une petite
bière de chez nous, mais Colin Farrell suit très
strictement sa cure. "
Le
soir, durant le tournage, je n'ai pas bu une seule bière.
C'était très dur..." De quoi le
mettre de méchante humeur, comme son personnage... "
Comme lui, au début,
je pensais que Bruges serait une ville déprimante. Mais
c'était très beau. On y a tourné en
hiver, et il n'y avait pas beaucoup de monde dans les rues. Cela
m'aidait pour mieux comprendre Ray, qui se sent complètement
coupé du monde. Pour moi, Bruges est liée
à tout jamais à l'hiver."
De là à supposer qu'il aurait
préféré tourner aux Bahamas, il n'y a
qu'un pas qu'il hésite à franchir. "
Je ne sais pas,
lâche-t-il faussement timide. Bruges est une belle ville. Et
Martin l'a filmée à la manière
hollywoodienne."
Pas un mot de flamand
Ce qui explique sans doute qu'on n'entend jamais un mot de flamand dans
le film... "
Mais en
dehors des personnages principaux, est-ce que vous entendez jamais
parler les gens entre eux ? Le film est vu à travers les
yeux de deux tueurs à gage irlandais. Pas anglais ! Ce n'est
pas un cliché ! Et en plus, cela me permet de jouer avec mon
propre accent, ce qui est rare. Il fait partie de l'ADN du personnage,
de sa couleur."
Pas besoin de le pousser beaucoup pour qu'il se relève sur
sa chaise et s'attaque au profil psychologique d'un personnage qui l'a
manifestement beaucoup marqué. "
Il y a une grande
différence entre ce qu'il est et ce qu'il fait. Il ne se
libère de son passé que lorsque son complice le
laisse partir. Pour moi, le film ne parle pas de violence, mais de ses
conséquences. Ray pense tout le temps à l'enfant
à Londres qui ne recevra pas de jouets à
Noël puisqu'il l'a tué accidentellement. Il pense
aux autres. C'est ça, la rédemption.
Personnellement, j'ai connu quelqu'un qui a perdu un enfant
à cause d'un attentat à la bombe en Irlande.
Comment pardonner dans ce cas-là ? Il faut aller plus loin :
je pense que le meurtrier n'a pas pu se pardonner de ce qu'il a fait.
En plus de l'humour, l'humanité constitue la grande force de
ce film. Les gens font parfois des choses horribles sans être
nécessairement des monstres. Cela donne à
réfléchir sur la nature humaine. Tout en
étant parfois très drôle. On ne peut
pas trouver de meilleur compromis. "
Envoyé spécial en Angleterre Patrick Laurent -
La Dernière Heure