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Interview avec Jamie Bell
Jamie Bell,
de Billy Elliot à l'âge de raison.
Présenté en début d'année
en toute fin de Festival de Berlin, Hallam Foe
fut l'une des bonnes surprises de la compétition,
même s'il n'y décrocha "que" l'Ours d'argent de la
meilleure musique. Il est vrai que le soundtrack (composé de
morceaux piochés dans le catalogue du label
indépendant Domino Records) vaut à lui seul le
déplacement...
Tout comme la performance de Jamie Bell,
venu à Berlin soutenir son premier film britannique
depuis Billy Elliot
en 2000. Depuis, le jeune acteur a fait du chemin, bossant pour Peter
Jackson ( King Kong)
ou Thomas Vinterberg ( Dear Wendy).
" Je suis beaucoup plus
conscient de ce que je fais aujourd'hui, je suis plus
impliqué. Au début, je n'avais aucune
idée de ce qu'était un film, une
caméra, une équipe... Maintenant, je tiens
à avoir une part de liberté créatrice,
à travailler intimement avec le réalisateur. Mais
au final, on essaye toujours de faire du mieux qu'on peut,
d'être différent, intéressant."
Si, physiquement, on reconnaît sans peine les traits du jeune
danseur, Jamie Bell a grandi et est pressé de tourner la
page avec cette image de gamin, qu'il ne renie pas, mais qu'il aimerait
voir évoluer. Devenir une star enfant n'est pas toujours
simple à gérer, même si Bell y est
parvenu en cherchant à mener une vie la plus simple
possible... " J'essaye de
ne pas ramener le boulot à la maison, de séparer
les deux. Tout le monde passe à un moment ou à un
autre par des phases personnelles difficiles. Il faut faire avec et
essayer de ne pas être trop destructeur envers son entourage.
Elles sont néanmoins intéressantes, car plus on a
d'expériences, plus on peut les utiliser dans son travail.
Quand je fais un film, je me demande comment rendre crédible
le personnage, comment je peux lui injecter de la
vérité. Même si, évidemment,
je ne suis jamais sorti avec une femme qui ressemble à ma
mère..." Pour autant, Jamie Bell comprend le
sauvage Hallam. " C'est
difficile pour les jeunes gens de perdre quelqu'un. Je pense qu'on a
ça en tête tout le temps et qu'on cherche
à l'expulser, parfois violemment. C'est ce qui arrive
à Hallam. Il a perdu sa mère, il est triste, il
est en colère, il se sent coupable. Je pense que tout vient
de là. Ce que j'aime dans le film, c'est qu'il montre que,
parfois, plutôt que se débattre avec ses
problèmes, il faut laisser aller et avancer... Je pense que
beaucoup de jeunes traversent cela."
Vivant entre Londres et New York, Jamie Bell s'est
préparé consciencieusement pour ce
rôle. Comment ? En jouant, par exemple, au voyeur... " Je l'ai fait à New
York pendant la préparation du film. Cela m'a plu. On
crée une sorte de relation avec le sujet que l'on observe
sans qu'il ne s'en rende compte. C'est intéressant, car les
êtres humains font des choses étranges. J'ai
notamment observé un gars, genre businessman, dans un bel
appartement. Il rentrait tous les soirs vers 19 h 30, allumait la
télé, allait dans sa chambre et enlevait tous ses
vêtements sauf un petit slip blanc très
serré. Ensuite, il s'asseyait avec son chien et regardait la
télé. Il ne mangeait pas; c'était sa
routine. Très bizarre..."
Voyeur, Hallam Foe est aussi un gamin sauvage, grimpant aux arbres ou
parcourant comme un cabri les toits d'Edimbourg. " On voulait montrer
très rapidement dans le film qu'Hallam vit dans un monde
vraiment éloigné de sa famille, où il
développe des capacités presque animales,
grimpant aux arbres, vivant dans sa cabane..." Une cabane
qui accueille les ébats du gamin et de sa
belle-mère. Une première pour Jamie Bell,
dernière preuve que le petit Billy Elliot a bien grandi. Une
expérience étrange mais racontée avec
le sourire... " C'est la
première fois que je devais jouer nu. Le jour où
nous tournions cette scène avec ma belle-mère,
j'étais stressé. David m'a
dit de ne pas m'inquiéter. Il a fait vider le plateau et a
demandé à l'actrice de me toucher à
certains endroits pour voir si cela me faisait quelque chose. Elle l'a
fait et cela m'a fait quelque chose ! (Rires) Si cela donne bien à
la caméra, c'est une expérience vraiment
étrange, inconfortable, de devoir créer la
passion intime tout en restant amical et totalement conscient de ce que
l'on fait. Entre les prises, on s'excuse d'avoir touché sa
partenaire là ou là. C'est bizarre. A la fin de
la scène, il faut se lever et se rhabiller, mais on n'a pas
toujours envie de se lever... Cela dit, je suis heureux de l'avoir fait
pour la première fois avec David...",
éclate-t-il de rire.
A Berlin, Hubert Heyrendt - La Libre Belgique
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