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Secret Sunshine

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La critique de LaLibre
Le film vu par Fernand Denis - -
Un implacable mélo à la coréenne. L'incontestable Prix d'interprétation féminine du festival de Cannes 2007 : Jeon Do-yeon

Il ne faut jamais rater le début du film, la première scène éclaire souvent lumineusement l'histoire qui va être contée. Et quand le film s'appelle "Secret Sunshine"...

Au bord de la route, une femme, à côté d'une berline, attend le garagiste qui doit la dépanner. Elle est plus en panne qu'elle ne le croit. Accompagnée de son petit garçon de 6 ans environ, elle vient s'établir dans la petite ville natale de son mari, mort récemment. Peu avant son funeste accident de voiture, il avait émis le désir de revenir s'y installer.

Est-ce vraiment par dévotion pour son homme ou est-ce pour fuir Séoul, fuir sa famille aussi, qu'elle a respecté sa volonté ?

Le garagiste, lui, est sous le charme. Et sous la pression sociale aussi. A 39 ans, il n'est toujours pas marié. En amoureux sincère, il va suivre cette femme dans son calvaire, toujours à distance, avec le sourire, la main tendue, le regard compatissant devant e déluge de m lheurs qui s'abat sur elle. En effet, à peine arrivée dans ce gros bourg où elle ne connaît personne, son petit garçon va être enlevé...

Le grand écart

Auteur et réalisateur, Lee Chang-Dong n'épargne vraiment rien à son héroïne, qu'il pousse au-delà des limites de la souffrance. Et pourtant, il ne donne pas l'impression de s'acharner dans le but de pimenter un mélodrame lacrymogène. Malgré tout ce qui arrive à cette jeune femme, on ne versera pas une larme, mais on sera profondément ému par son parcours qui va de la détresse extrême à l'hyper excitation, qui la voit totalement abattue et puis complètement allumée.

Voilà bien un rôle en or pour une comédienne confrontée au défi suprême d'offrir dans un seul personnage toute la palette de son jeu, d'un pôle à l'autre. Et Jean Do-yeon ne bousille pas le challenge, elle réussit le grand écart tout en pudeur et subtilité. Elle procure ainsi une extraordinaire crédibilité à cette femme qui expérimente véritablement toutes les émotions. Son exceptionnelle performance n'a d'ailleurs pas échappé au jury du Festival de Cannes 2007, qui lui a, logiquement et sans contestation, décerné le Prix d'interprétation féminine.

C'est sans doute un peu long, mais l'oeuvre est si riche, tellement romanesque, qu'on ne voit pas passer les 142 minutes. Les sentiments ne sont pas les seuls à être sollicités, les rapports de l'homme avec Dieu font l'objet d'une approche assez percutante.

De plus, la prestation de Kand-Ho Song, le garagiste amoureux, le partenaire souriant et encombrant à la fois, achève de donner sa singularité au film. Il est à la fois le regard et l'interprète du spectateur, tant il est maintenu à distance du calvaire de la jeune femme et dans l'incapacité de faire quelque chose pour elle. Par son jeu étonnant, il donne une épaisseur à ce personnage qui, sans lui, n'aurait été qu'un cliché.
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