La tentation du silence. Le cheminement intérieur d'un trentenaire qui change de vie pour se lancer dans la voie de la prêtrise.
"Prenez et mangez, ceci est mon corps livré pour vous. Buvez-en tous, c'est mon sang qui sera répandu pour la rémission des péchés. Faites cela en mémoire de moi..." Pour beaucoup de croyants, ces paroles répétées comme une litanie ont fini par perdre de leur sens. Pas pour Andrea. La trentaine séduisante, cet avocat brillant, intelligent, a décidé de changer de cap, de tout abandonner pour se lancer dans la voie de la prêtrise. Il entre donc au noviciat jésuite, une période de recueillement et de transition pour s'assurer qu'il ne fait pas fausse route...
Dans le monastère de San Giorgio Maggiore à Venise, Andrea va faire l'apprentissage de la vie monacale. Il découvre une société marquée par une profonde spiritualité, mais aussi par une hiérarchie stricte, un petit monde fermé où la délation de ses compagnons de prière est encouragée par les pères supérieurs pour traquer la moindre faille dans la foi des jeunes novices...
Un regard personnel
En ces périodes chamboulées, troublées, la crise spirituelle est un thème récurrent au cinéma. Si, dans "Le grand silence", Philip Gröning optait pour le documentaire pour aborder cette tentation du silence et de la prière, rendant compte d'une année au monastère de la grande Chartreuse dans les Alpes françaises, l'Italien Saverio Costanzo opte, lui, pour la fiction. Son regard est donc plus personnel, subjectif. Pourtant, si "In memoria di me" peut apparaître comme assez critique vis-à-vis de l'institution religieuse, le regard posé reste respectueux, refusant tout jugement sommaire.
Car Saverio Costanzo choisit de placer le spectateur à distance du récit, se posant en observateur "objectif". La mise en scène, d'une grande sobriété, se borne à enregistrer le quotidien de ces hommes contraints à la promiscuité et à l'austérité. La caméra filme la prière, les lectures, les confessions publiques, mais aussi l'errance de corps presque robotisés dans les couloirs, dans les cellules nues...
Car dans "In memoria di me", le monastère apparaît, en effet, comme le personnage principal, possédant une vie propre, chargée de non-dit, de mystère. Que se cache-t-il derrière la lourde porte de bois de l'infirmerie ? Sans doute, la réponse aux interrogations d'Andrea. Et puis, des fenêtres de San Giorgio Maggiore, on aperçoit, de l'autre côté du canal de la Giudecca, à la fois toute proche et lointaine, Venise et son agitation, sa vie. Epurée, habitée, réfléchie, la mise en scène de Costanzo rend palpable le déchirement intérieur de son héros. Dont la crise spirituelle apparaît finalement totalement universelle, que l'on soit catholique ou pas, croyant ou non. Car le doute est le propre de l'homme.
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