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Cages

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La critique de LaLibre
Le film vu par Alain Lorfèvre - -
Ne me quitte pas

Depuis un accident de voiture, le verbe d'Eve (Anne Coesens) est prisonnier de son âme. Son handicap n'est pas physique mais psychologique : les sons ne sortent plus de sa bouche. Elle se réfugie dans son amour pour Damien (Sagamore Stévenin) qui gère "Le Zoo", un café au décor baroque peuplé d'animaux empaillés. Mais la communion physique ne suffit pas à Damien. Les phobies d'Eve, son incapacité à s'exprimer, finissent par le miner. A la veille du "Concours de cri animalier" que Damien organise chaque année, la crise est consommée. Damien s'enfuit mais Eve le retrouve et va tout faire pour le garder. L'amour peut être prison.

Sensualité

Après Fabrice du Welz ("Calvaire", avec lequel "Cages" entretien un vague lien thématique), Joachim Lafosse ("Nue propriété"), avant Micha Wald ("Voleurs de chevaux" à la Semaine de la Critique à Cannes), Olivier Masset-Depasse complète cette génération de réalisateurs trentenaires qui imposent, chacun, un univers personnel fort et extrêmement mature. Malgré quelques failles d'écriture, "Cages" éblouit, en effet, par sa maîtrise et sa technique.

Son début est un choc, quasi physique, imposé au spectateur qui partage la douleur d'Eve. Suit le confinement dans "Le Zoo", univers à la fois feutré et surréaliste, peuplé des peurs d'Eve que semble incarner chacun des spécimens empaillés sur les lieux. L'extérieur est hostile mais les magnifiques décors de la Côte d'Opale libéreront plus loin les protagonistes et seront l'occasion d'un impressionnant panoramique aérien. Il y a, enfin, l'une des plus belles scènes que l'on ait vues depuis longtemps : le concours du cri d'animaux qui constitue le clou du récit, film dans le film. Cette scène, digne d'un Lynch, bénéficie d'une direction artistique sans faille. Le réalisateur, enfin, filme les corps avec sensualité, signant une scène d'amour à l'érotisme pudique d'une très belle facture.

"Cages" est un film exigeant, dont les méandres psychologiques ne passent pas par le verbe mais par les gestes, parfois violents. Olivier Masset-Depasse peut à cet égard se reposer entièrement sur ses deux acteurs principaux. Sagamore Stevenin se fait le réceptacle humain des souffrances d'Eve. Face à lui, Anne Coesens trouve (enfin) un premier rôle dans la parfaite continuité du travail qu'elle avait déjà accompli avec le réalisateur sur ses courts métrages.

On s'amusera des métaphores, à ne pas prendre trop au premier degré, mais qui font néanmoins sens : les prénoms de deux personnages principaux, les animaux, le microcosme du café, le statut et la raison sociale de Léa... Mais "Cages" est d'abord une magnifique histoire d'amour, ni drame, ni mélo, ni sentimentale. Quelque chose à la fois onirique, violent et, même, lyrique.
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